Un homme sur une chaine semi-automatisé de production de véhicules.

Pourquoi a-t-on peur de l’automatisation ?

Quand on parle d’automatisation d’une tâche, on pense souvent au cas des caisses automatiques, du simple fait qu’on les rencontre très souvent dans la vie courante. Ça tombe plutôt bien parce que c’est un très bon exemple de ce que je veux vous parler.
Donc d’abord, pour le peu de gens qui ne savent pas ce qu’est une caisse auto, je vais brièvement l’expliquer. Au moment de payer votre caddie de courses au supermarché, vous passez vos articles devant une borne équipée d’un lecteur de code barre et d’une balance. La machine enregistre ce que vous bippez, puis vous demande de le poser sur la balance, afin que la caisse auto puisse vérifier que vous lui donnez le bon produit grâce à son poids. Enfin, une fois tous vos produits bippés, en validant la machine vous propose, selon les modèles, de payer en carte bancaire et parfois en liquide. Un-e employé-e du magasin surveille qu’il n’y ait pas d’abus (des produits non bippés donc impayés par exemple). Une seule personne peut alors s’occuper de 4 caisses simultanément.

N’importe qui peut alors comprendre que ces machines nécessitent indéniablement moins d’employé-e-s, et donc on a l’habitude de dire que l’automatisation supprime des emplois. C’est vrai. Mais est-ce un véritable problème ?

Le gouvernement décide arbitrairement de freiner le progrès technologique en empêchant la démocratisation de ces machines dans plusieurs domaines, au prétexte de sauver des emplois. Mais pourquoi sauver des emplois ? Et bien pour que les gens ne soient pas au chômage, donc qu’ils puissent continuer à toucher un revenu qui lui-même leur permettra de continuer à vivre normalement et également à consommer, soit donc à participer à l’économie du pays. Certes, c’est entièrement louable. Mais pourquoi les obliger à travailler ? Si le but final est qu’ils puissent continuer à vivre et à consommer, et bien il suffit de leur donner de l’argent. Le travail ne devient qu’un prétexte absurde, une condition superflue non seulement, mais qui les empêche par la même occasion de réaliser une activité hautement plus enrichissante, pour eux-mêmes mais aussi pour le reste de la communauté.
Non parce que franchement, à part les 3 ou 4 retraité-e-s qui sont contents d’avoir une once de contact humain, en ce qui me concerne, je me porte très bien en sacrifiant cette minime interaction sociale avec mon agent de caisse habituel. Et si vraiment c’est l’argument du contact humain qui prime, pourquoi les forcer à réaliser une tâche rébarbative qui peut soit être exécutée par une machine, ou par nous même au prix d’un effort minime. La différence c’est que nous ça nous prend 5mn, l’agent de caisse, 35h par semaine toute l’année.

Transformons réellement ce progrès technologique en un progrès social, qui permettrait aisément d’offrir une chance à beaucoup de personnes de s’épanouir dans une activité qui demande un réel investissement humain. Une aide à la personne par exemple, si vraiment on est attaché à ce contact humain naturellement essentiel pour les personnes isolées socialement. Je pense que leur travail sera beaucoup plus efficace à domicile que derrière une caisse enregistreuse et sous une lumière blafarde.

Et si les gens ne font rien à la place, me direz-vous ? On les payent pour rien ? Une honte vous dites ? Et bien soit. Qu’ils ne fassent rien. De toute évidence, ils n’étaient déjà pas plus utile qu’une machine, alors au mieux et dans la grande majorité des cas, ils seront nettement plus utiles à la société et au pire, ils ne feront rien de moins.

Vous voulez pousser le raisonnement jusqu’au bout ? Et si on réintroduisait les moines copistes ? Bien sûr des machines le font aussi bien que les Hommes, pour l’usage qu’on veut en faire. Mais après tout, ça permettrait de créer des emplois, beaucoup de gens auraient accès à un emploi. Vous auriez alors une bonne raison de les payer. Mais est-ce vraiment utile ? Doit-on en arriver à trouver de nouveaux travaux pour justifier ce qui, de toute façon, est inévitable : on doit permettre à tout le monde de vivre. Une société qui laisse ses individus constituant délibérément mourir, n’est en aucun cas souhaitable. Ce serait dans tous les cas une régression sociale, et un dangereux retour à l’état de Nature.

Et vous ? Vous passeriez votre vie à ne rien faire vous si votre revenu était assuré ? À ne vraiment rien faire de constructif ? Vous vous démenez déjà pour lire mes articles sur votre temps libre. Imaginez ce que vous pourriez faire, si vous étiez libérés du joug du travail ?

Outre l’aspect économique donc, on peut aussi envisager l’aspect humaniste. Ça ne parlera sans doute pas à ceux qui n’ont jamais eu le privilège de jouir d’un travail aliénant, qui oblige à effectuer sur de grandes durées des tâches répétitives et fastidieuses à une cadence évidemment imposée et oppressante. Les autres donc, ont connu la pression des supérieurs hiérarchiques et la menace du licenciement. Et oui, c’est la crise et on voit les copains, les collègues se faire licencier. On a peur, on veut que ça cesse, on angoisse de perdre son emploi, et la perte d’un emploi à notre époque, c’est épouvantable. On serait chômeur, c’est à dire, catalogué comme tous ces gens qui profitent goulument du système, du RSA, des allocs. NON définitivement, on ne veut pas être affiliés à ces gens là. Nous, on aime son travail, on est bosseurs, on est pas fainéants.
Et pourtant, l’usine continue de fermer des lignes de productions, par manque de rentabilité. Et on nous dit que c’est parce qu’on est pas assez efficace. On se met à culpabiliser, à se responsabiliser du sort de nos camarades, de son propre sort. On fait tous les sacrifices pour repousser ce qui, au fond de soi, semble inévitable.

Dans ces conditions, y a-t-il quelqu’un qui pourrait prétendre à réfléchir sur des sujets politiques ? À sortir des schémas préconçus, à réfléchir le monde, ses rapports de force, ses relations complexes de domination, de subordination entre ses nombreux acteurs ? Pour avoir essayé, je peux vous assurer que les réflexions philosophiques sont autrement plus complexes quand on exige de vous, une cadence de 100 sachets de jambons conditionnés à la minute.

Et donc, supprimer ces emplois en les automatisant, c’est aussi d’intérêt public. Ça libère une énorme partie de la population de ces contraintes, lui permet de s’aérer l’esprit, de commencer à s’élever intellectuellement. Si auparavant, on regardait la télévision parce que c’était facile et que lorsqu’on rentrait crevé du boulot, on avait pas envie de se prendre la tête, aujourd’hui, on est en pleine forme, on se met à écouter, à lire, à s’informer et à se questionner. On discute le monde avec d’autres gens et on découvre de nouveaux concepts, de nouvelles idées, qui par le passé et sans y avoir réellement réfléchi, nous paraissaient utopiques ou absurdes, ou au contraire, on remet en question la doxa, les stéréotypes et les idées préconçues.

Voilà que l’abolition du travail aliénant permet non seulement d’encourager la création d’emplois d’intérêt collectif, mais aussi et surtout, de faire émerger de chacun de ces anciens forcenés du travail, de véritables citoyens à tête pensante.

Et peut-être que c’est ça qui leur fait si peur.

8 réflexions sur “ Pourquoi a-t-on peur de l’automatisation ? ”

    1. Le problème de l’économie distributive est qu’elle est complètement utopique, presque absurde.

      Si elle a l’avantage d’être techniquement réaliste, par opposition à des délires tels que le dividende universel ou l’impression de monnaie pure et simple pour le bien de chacun, elle ne permet néanmoins pas d’inscrire l’économie dans le schéma financier international. Il faudrait que tous les pays du monde adoptent cette technique économique pour qu’elle fonctionne.

      Après, il y a aussi la notion humaine à prendre en considération. Parce que cette technique gêne à l’enrichissement individuel. Or il se trouve que l’opportunité d’enrichissement, d’être plus que les autres, est ce qui fait avancer le monde, c’est dans la nature humaine. De refouler la nature humaine n’est pas ce qu’il y a de mieux.

      ….Mais il y a d’autres solutions pour avoir une économie démocratique qui restaure la création monétaire au service de l’homme : http://soyons-AMI.fr

  1. Cher coukaratcha, vous êtes pas mal du tout. Vous avez parfaitement compris de quoi serait fait l’avenir…si nous voulons avoir un avenir.

    L’avenir sera tel que vous le décrivez…ou ne sera pas! Le Japon, qui aurait dû suivre cette voie de la transition sociétale depuis plus longtemps que nous ne l’a pas fait, il est aujourd’hui un bon exemple de ce qui nous attend si nous refusons nous aussi de nous inscrire dans l’économie du XXIème siècle. http://transition-societale.thierrycurty.fr

  2. Interessant comme point de vue sur l automatisation… Mais un peu racoleur comme titre non ? En le voyant je me suis dit: « tiens Coukaratcha va me proposer sa vision de l automatisation de ce genre de services ». Mais, malheureusement cette dernière ne s est finalement trouvée être un simple prétexte à exposer cette vision de ma société qui semble t être si chère… Attention je dis malheureusement par rapport a ce que je m attendais a lire, pas au fond du message que tu essayes de faire passer. Alors oui dans ce contexte que tu sembles vouloir (très attirant en passant), cette automatisation ne rélève pas du problème au contraire même ! Mais quid de cette automatisation dans le contexte actuel ? Car c est précisément cela qui me gêne dans ton article, d ou le terme que j ai pu employer plus haut concernant le titre que tu as choisi, tu ne parles pas des enjeux de cette automatisation… Car voyons les choses avec un peu de recul, cette automatisation arrive (malheureusement ?) plus vite que cette modification de la société que tu prônes. Peut être n ais-je pas bien cerné tout ce que tu voulais dire, sans doutes mon commentaire semblera un peu brouillon mais je n ai malheureusement pas trop le temps de m y attarder. Sur ce, :)

    1. En fait, je voulais dire qu’on stoppe l’automatisation parce que ça permet, dans le contexte actuel et le schéma économique actuel, à ces gens de subsister. Du coup, il faut donc repenser l’économie et l’ordre social pour ensuite pouvoir profiter pleinement des bienfaits de l’automatisation. En effet, si aujourd’hui on se met à automatiser tout ce qu’on pourrait faire, le chômage exploserait. Mais au final, ce n’est pas le chômage qui est inquiétant, ni problématique mais le fait que les chômeurs, dans le contexte actuel, n’ont pas les moyens de subsister. On se retrouve à détourner le problème, on parle à tout va du chômage alors qu’en soit ça n’est pas un problème. C’est juste un fait qui implique un autre problème bien réel lui : la pauvreté.
      Si par contre, on repensait le système économique et social pour que chacun ait les moyens de vivre sans travailler, le chômage, i.e. le fait qu’une partie de la population n’ait pas d’emploi (on parle d’emploi, pas d’activité, un intermittent du spectacle est par exemple plus actif qu’un agent de caisse, mais le premier est un chômeur sous un régime spécial), ne serait plus un problème. Il y aurait une partie de la population qui aurait un contrat de travail traditionnel, et une autre partie pas, pour autant les deux seraient autant actives et bénéfiques pour la société.

      En clair, le problème que soulève l’automatisation pourrait ne pas être un problème si on se mettait à réfléchir à de nouveaux modèles d’organisation sociale. D’où le titre, la peur de l’automatisation ne devrait pas être une peur, mais une occasion de se poser de bonnes questions : Faut-il toujours obliger les gens à travailler pour vivre, quitte à ce que ces travaux soient néfastes pour la communauté ?

  3. Dans les grandes lignes, je suis d’accord avec votre analyse. Mais il me semble qu’il y a une face cachée à cette automatisation: elle ne peut pas se développer dans tous les domaines à la même vitesse. Alors en effet, aujourd’hui, on peut remplacer une caissière par une machine. Mais plein d’autres métiers tous aussi aliénants ne peuvent l’être actuellement, car ils nécessiteraient des technologies qui ne seront pas au point avant plusieurs années.
    Aussi, que proposer pour ces métiers? Il faut bien que quelqu’un s’en charge!

    Ce que je vois de votre analyse, c’est un agent de Pôle Emploi qui proposerait un deal du genre « soit vous choisissez d’être payé pour vous épanouir culturellement, soit vous vous chargez de ce boulot ingrat que personne ne veut faire ».

    Alors oui, on pourrait proposer des salaires plus élevés pour ces personnes qui se chargeraient du travail que personne ne veut, mais franchement, pensez-vous réellement que l’argent est une motivation suffisante pour tuer quelqu’un à la tâche alors qu’il pourrait vivre confortablement avec sa famille sans se fatiguer?

    1. La clé de voute c’est le choix. Les gens auront le choix entre ne pas faire cette tache ingrate mais d’avoir un revenu tout juste suffisant pour vivre, ou faire cette tache et avoir un bien meilleur revenu. Tant que les gens ont le choix, le fait d’avoir des taches ingrates n’est pas injuste. Je vous assure qu’il existe des gens qui seraient prêts à faire le boulot que personne ne voudrait faire, si le salaire suit le labeur.

      Si personne ne veut le faire entièrement, on peut fractionner le travail sur la masse de travail ou sur la durée (plusieurs personnes font un bout du travail, ou plusieurs personnes s’alternent pour faire le travail).
      Si vraiment personne ne veut faire ce travail, et bien il ne sera pas fait. C’est sûrement qu’il est trop dangereux à réaliser ou bien qu’il ne semble pas si essentiel au bon fonctionnement du système.

      Un bon exemple du fractionnement du travail, c’est pour le ramassage des poubelles. Beaucoup de villages proposent à ses habitants d’amener eux-mêmes leurs poubelles dans un dépôt unique, afin d’éliminer les camions de ramassage. Beaucoup sont satisfaits de ce système.

      J’espère que ces réponses sont claires.

      Merci encore d’avoir lu mon article ;)

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